Marie-Hélène Côté
Université de Lausanne
Le destin des traits laurentiens
On sait que le français laurentien/québécois se caractérise par de nombreux traits qui le distinguent du français de référence et des autres variétés, sur les plans de la prononciation, du lexique et de la morphosyntaxe. Depuis plusieurs décennies, on observe une régression de plusieurs de ces traits, remplacés par des formes perçues comme plus standard. Mais d’autres traits spécifiquement laurentiens se maintiennent, voire se renforcent. Quels sont les facteurs qui pèsent sur le destin des traits laurentiens, qui déterminent leur remplacement ou leur maintien? J’aborderai ces questions par l’analyse de plus de 30 variables phonologiques et morphosyntaxiques spécifiquement laurentiennes dans les 300 heures de conversations transcrites du corpus PFC-Québec (Côté et Saint-Amant Lamy 2023). Les résultats mettent en lumière le caractère fondamental des facteurs systémiques : les traits qui résistent le mieux sont ceux dont le remplacement implique une réorganisation du système phonologique ou morphosyntaxique, alors que les traits en régression impliquent plus simplement une forme de remplacement lexical (de l’élément lexical lui-même ou des phonèmes qu’il contient) sans conséquence sur le reste du système.