Entertainment at Theobalds 3

Hatfield House, Cecil MS 140, fols. 110-11v

French paraphrase of the entertainment, probably prepared for circulation to Charles de Lorraine and his party



[fol. 110]
Le genie Ne vous estonnez pas Seigneurs si ceste place D’vne sombre tristesse a reuestu sa face, Et si moy son genie auec vng front peureux Tesmoigne de mon coeur le tremblement douteux. C’est vng horrible songe helas qui me tourmente, Qui martire mon corps et mon ame espouuente, Qui dedans ma poitrine a faict mil ennuis naistre, Ne disant qui bien tost ie changerois de maistre. Lequel ia commençant l’automne de son eage Pour vn lieu estrangier a luy et son lignage Quitteroit ce seiour. Moy ie tremble de peur Ne scachant mon destin si ie perds mon Seigneur. Mercure. Ne desespere point o desolé genie Tu scauras le destin appresté a ta vie. Le genie. Quel spectacle est ce icy tant estrange a mes yeux, Si beau si merueilleux et sy semblable aux Dieux. Mercure, Filles qui des humains la vie mesurez, Qui d’estre en vos decrets immuables iurez,
[fol. 110v]
Filles qui par le sort de la fatalité gouuernez le filet de la mortalité, Escoutez le vouloir de Iupia le grand Dieu, Il veut que regardiez le destin de ce lieu, Et qu’en aduertissiez ce tant triste genie, Affin qu’au lieu de pleurs ioieux il vous benie. Cloto. Lors que dessoubs ton toit le plus grand Roy du monde, Et la Royne qui n’a en terre sa seconde, Seront accompagnez de deux plus belles fleurs Que n’estoient au iardin des Atlantiques soeurs, L’vne leur [deletion] cher enfant, l’esperance et la peur Du siecle qui desia obeise a son heur, Et l’autre leur cousin qui n’emprunte sa gloire Tant des vieux monuments n’y tant de la memoire De ses nobles ayeulx, comme de sa bonté, Sa vertu, sa valeur, son courage indompté, Rameau tres genereux du tige de Lorayne, Sang Royal, sang heureux, race de Charlemaine. Lors que tous ces beaus Dieus dans tes vmbres luiront Et d’vng celeste feu tes chambers empliront, Comme si les rayons qui sortent de leurs faces Venoient a s’appointer sur des ardentes glaces De mirouers enfoncez, et luy soient en la sorte Que iamais plus de nuict puisse treuuer ta porte. Alors genie alors ton destin sera meur, Qui te commendera de changer de Seigneur. Mercure. C’est donques a ceste heure, on sus il faut genie Qu’obeir a a ce iour au destin tu ne nie. Genie. Mais mon seigneur est il bien content de ce change Que i’aye vng nouueau maistre, et luy vn lieu estrange? Veut il abandonner de ce toict lornement, Ains de son geniteur le noble monument?
[fol. 111]
On est ce pour le gaing, ou par necessité, Qu’il se banist d’icy et sa posterité? Ou bien s’il veut bastir vng palais magnifique, Et pour vng tout nouueau delaisser son antique? Mercure. Ny profit ny disette a cecy le contreint, Ny desir de bastir, ia plustost il se pleint De s’estre trop meslé de la massonnerie, Et se veut retirer de telle fascherie. Le genie. Pourquoi bastissent ilz sinon pour la demeure? Qu’ont ilz de leur soucy quel plaisir a ceste heure? Est ce plus grand plaisir de faire vng long chemin Qui de se reposer quand on est a la fin? Mercure Sus genie obeis, et garde de te pleindre. Vng tel pouuoir que toy tousiours tousiours doit creindre D’effencer le destin, car tout ce qu’il arreste Ce fera iustement, mais escoutons le reste. Lachesis Celui pour qui tu dois changer heureusement, A qui tu doibs seruir et tout ce bastiment, C’est celuy qui puissant gouuerne ceste terre, Ce monde que de flots le grand Neptune enserre. Celuy qui si souuent a faict que ton Seigneur Changeast de qualite, et accreust en honneur. Tu seras a sa femme, a la belle Deesse, Que le Ciel et nature et fortune caresse. Que si ce mesme Ciel et nature et fortune Mettoient tout leur effort pour en faire encor vne Esgale a ceste cy, apres beaucoup de peine ils trouuerroient en fin leur esperance vayne. Atropos. Comme De tes parois a petit fondement Desoubz la grande Elise a pris commencement, Comme tu t’es accreu soubs ceste noble Dame Qui maintenant au [illegible] luist d’vne saincte flame, Ceste belle Anne ainsy par sa protection Sera de ta beaute la conseruation.
[fol. 111v]
Le genie Quoy pouuois ie estre triste et fasché de mon bien? Quel peché ie faisois, et si n’en scauois rien! Me plaignant de ce change, et pensant de mon heur, De mon heur souuerain que ce fust mon malheur. Daignez donc, grande Royne et digne d’vng tel Roy, Daccepter le present de mon Seigneur et moy. Les clefs de la maison ie vous offre Madame, Madame ie vous offre et mon coeur et mon ame. O Royne pleust aux Dieus que mon coeur vous vissiez Ouuert comme mes mains; Royne, vous y liriez De l’amour de la foy de la syncerité Pour seruir a tousiours a vostre maiesté. Comme vng flot chasse vng autre et les vndes s’abbattent, Ainsy dedans mon coeur tant de ioies se battent, Que ie suis hors d’aleine et que la voix me faut Si quelqu’vng peut parler qu’il aide a mon deffaut. [Ainsi vient vng grand feu souuent d’vne estincelle Et pour peu de trauail recompence immortelle] Chant O Change troisfois bien heureux, o change et estrange et ioieux, Nous auons le iour pout l’aurore, Et craindrons nous de perdre encore?    Ainsy vient vng grand feu souuent d’vne estincelle    Et pour peu de trauail recompence immortelle. Iamais ny eut au monde rien Si bon si parfait que mon bien, Et Iamais de May lornement Ne fut si gay que maintenant,    L’aleine des douls vents faict verdoier les bois    Et les loyaux subiectz s’auancent soubz leurs Roys.